Lectures du dimanche
Au Cœur du Mystère : Aimés par un Dieu qui est Communion
Chers frères et sœurs en Christ,
Il y a un mystère que nous récitons chaque dimanche, parfois sans même y penser. Nous faisons le signe de la croix : « Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » Ces mots ouvrent et ferment nos prières, bénissent nos repas, accompagnent nos enfants au coucher. Ils sont si familiers que nous risquons d'oublier qu'ils contiennent le plus grand mystère de notre foi : le mystère d'un Dieu unique en trois Personnes, le mystère de la Très Sainte Trinité.
Aujourd'hui, l'Église ne nous invite pas à résoudre ce mystère, car aucun esprit humain ne le peut. Saint Augustin lui-même, ce grand docteur de l'Église qui a passé quinze années à écrire son traité sur la Trinité, raconte cette histoire célèbre : un jour, en marchant sur la plage, il vit un enfant qui creusait un petit trou dans le sable et qui, avec un coquillage, essayait d'y verser toute l'eau de la mer. Augustin lui dit : « Mon enfant, c'est impossible. » Et l'enfant répondit : « Il est plus impossible encore à toi de comprendre le mystère de la Trinité avec ton petit esprit. »
Non, mes amis, nous ne sommes pas invités aujourd'hui à comprendre la Trinité, mais à y entrer. Car la Trinité n'est pas d'abord une doctrine à expliquer ; elle est une vie à laquelle nous sommes appelés à participer.
Écoutez la première lecture du livre de l'Exode. Moïse monte sur le mont Sinaï, portant dans ses bras les tables de pierre. Et que fait Dieu ? Il descend dans la nuée, il se tient là avec Moïse, et il proclame son propre nom : « Le Seigneur, le Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d'amour et de fidélité. » Voilà comment Dieu se présente lui-même. Avant toute spéculation théologique, avant tout dogme, Dieu se révèle comme tendresse, comme miséricorde, comme fidélité.
Et remarquez la réaction de Moïse. Il ne discute pas, il ne théorise pas. Il se prosterne. Il adore. Et il fait cette prière magnifique : « Si j'ai trouvé grâce à tes yeux, Seigneur, daigne marcher au milieu de nous. » C'est cela, frères et sœurs, la première vérité de notre foi : Dieu veut marcher au milieu de nous. Il n'est pas un Dieu lointain, enfermé dans sa gloire. Il est un Dieu qui descend, qui s'approche, qui veut habiter avec son peuple.
Mais l'Ancien Testament ne pouvait pas encore tout dire. Dieu se révélait comme un seul Dieu, et c'était déjà une révélation immense au milieu des peuples polythéistes. Il fallait attendre la plénitude des temps, il fallait attendre Jésus, pour que le voile se déchire et que nous découvrions le secret le plus intime de Dieu : ce Dieu unique est, en lui-même, une communion d'amour.
Et c'est précisément ce que nous dit le Christ dans l'Évangile de Jean : « Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils unique. » Voici la phrase la plus importante de toute la Bible, peut-être. Martin Luther l'appelait « le petit Évangile », parce qu'elle résume tout. Dieu a aimé. Dieu a donné. Dieu a donné son Fils.
Mes amis, arrêtons-nous un instant sur ces mots. Quand vous donnez quelque chose à quelqu'un que vous aimez, vous donnez ce qu'il y a de plus précieux pour vous. Et qu'est-ce qui est le plus précieux pour le Père ? Son Fils. Et il nous l'a donné. Saint Paul dira : « Il n'a pas épargné son propre Fils, mais il l'a livré pour nous tous. »
Voilà donc qui est notre Dieu. Il est le Père qui aime tellement qu'il donne. Il est le Fils qui aime tellement qu'il se donne. Et entre le Père et le Fils, cet amour est si réel, si vivant, si personnel, qu'il est lui-même une Personne : l'Esprit Saint. La Trinité n'est pas un casse-tête mathématique de un égale trois. La Trinité est l'amour porté à sa perfection. Saint Jean nous l'a dit avec une simplicité bouleversante : « Dieu est amour. » Et comme l'enseigne le Catéchisme de l'Église catholique, Dieu lui-même est un éternel échange d'amour, Père, Fils et Saint-Esprit, et il nous a destinés à y avoir part.
Frères et sœurs, comprenez bien ceci : si Dieu est amour, alors Dieu ne peut pas être solitaire. L'amour exige toujours un autre. On n'aime pas dans le vide. Et de toute éternité, le Père aime le Fils, le Fils aime le Père, et leur amour mutuel est l'Esprit Saint. Voilà pourquoi la Trinité n'est pas un détail abstrait de notre foi. Elle est tout. Elle nous dit que la réalité ultime de l'univers n'est pas une force aveugle, n'est pas un destin froid, n'est pas une matière sans âme. La réalité ultime est une relation d'amour.
Et voici la nouvelle qui devrait nous bouleverser ce matin : nous sommes invités à entrer dans cette relation. Le baptême nous a plongés « au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ». Ces paroles ne sont pas une formule magique. Elles signifient que par le baptême, nous avons été immergés dans la vie même de Dieu. Le Père est devenu notre Père. Le Fils est devenu notre frère. L'Esprit Saint habite en nous comme dans un temple.
Saint Augustin disait : « Tu vois la Trinité, si tu vois l'amour. » Là où il y a un amour véritable, là est déjà présente, mystérieusement, la vie trinitaire. Dans le couple qui se donne fidèlement l'un à l'autre, dans le parent qui se sacrifie pour son enfant, dans l'ami qui pardonne, dans le voisin qui aide sans rien attendre en retour, dans la communauté chrétienne qui prie ensemble, là, la Trinité se rend visible.
C'est pourquoi saint Paul, dans la deuxième lecture, termine sa lettre aux Corinthiens par ces paroles que vous reconnaissez bien, car le prêtre les prononce au début de chaque Messe : « Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l'amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous. » Mais avant cette bénédiction, Paul donne des conseils très concrets. Il dit : « Soyez dans la joie, cherchez la perfection, encouragez-vous, soyez d'accord entre vous, vivez en paix. » Vous voyez le lien ? La communion trinitaire n'est pas une théorie. Elle se traduit dans la communion fraternelle. Si nous voulons honorer la Trinité, il nous faut vivre en communion les uns avec les autres.
Et c'est ici, frères et sœurs, que cette fête nous interpelle très concrètement. Nos familles sont-elles des reflets de la Trinité, ou des champs de bataille ? Notre paroisse est-elle une icône de la communion divine, ou un lieu de divisions et de murmures ? Notre cœur est-il habité par la paix de Dieu, ou par les rancunes que nous traînons depuis des années ?
Vivre la Trinité, ce n'est pas réciter un dogme. C'est pardonner à celui qui nous a blessés. C'est tendre la main à celui que nous évitons. C'est refuser de juger, refuser de mépriser, refuser de condamner. L'Évangile d'aujourd'hui nous le rappelle avec force : « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. » Si Dieu lui-même ne nous juge pas, qui sommes-nous pour juger les autres ?
Mes amis, dans quelques instants, nous allons nous approcher de cet autel. Et sur cet autel se réalisera le plus grand mystère trinitaire qui puisse se vivre sur cette terre. Le Père nous donnera son Fils. Le Fils s'offrira pour nous dans le pain et le vin consacrés. Et l'Esprit Saint descendra sur ces dons pour les transformer. Toute l'Eucharistie est une action de la Trinité. Chaque Messe est une plongée dans la vie de Dieu.
Quand vous recevrez la Communion tout à l'heure, dites-vous bien ceci : ce n'est pas seulement Jésus que vous recevez. C'est toute la Trinité qui vient habiter en vous. Car là où est le Fils, là sont aussi le Père et l'Esprit. Vous deviendrez, le temps de quelques instants au moins, un tabernacle vivant de la Trinité Sainte.
Alors je vous propose, frères et sœurs, un geste très simple cette semaine. Quand vous ferez le signe de la croix, ne le faites pas mécaniquement. Faites-le lentement. Au nom du Père, qui m'a créé par amour. Et du Fils, qui m'a sauvé par amour. Et du Saint-Esprit, qui me sanctifie par amour. Amen. Trois fois l'amour. Un seul Dieu. Et moi, plongé dans cet océan d'amour.
Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l'amour de Dieu, et la communion de l'Esprit Saint soient avec vous tous. Amen.
Sources consultées
- Saint Augustin, De Trinitate
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, I, qq. 27-43
- Catéchisme de l'Église Catholique, nn. 232-267
- Benoît XVI, Homélies et Angelus pour la Solennité de la Très Sainte Trinité
- Pape François, Catéchèse sur la Trinité (Audience générale)
- Saint Jean-Paul II, Encyclique Dominum et Vivificantem
- Raniero Cantalamessa, La Vie dans la Seigneurie du Christ
- Robert Barron, Et maintenant je vois : Une étude sur la conversion
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