La Semence de sa Parole
Chers frères et sœurs dans le Christ,
Imaginez un semeur qui sort au petit matin. Il tient dans sa main un sac de semences précieuses. Et voilà qu'il commence à les répandre avec une générosité étonnante, presque imprudente. Il ne calcule pas, il ne mesure pas. Il jette la semence partout, sur le chemin, sur les pierres, dans les épines, et sur la bonne terre. Quel étrange semeur !
Aujourd'hui, en ce quinzième dimanche du temps ordinaire, la liturgie nous offre l'une des paraboles les plus connues de Jésus, celle du semeur. Et à travers elle, Dieu nous parle de sa Parole et de la manière dont nous l'accueillons dans notre cœur.
Commençons par écouter le prophète Isaïe, qui nous prépare admirablement à comprendre l'Évangile. Il nous dit : « De même que la pluie et la neige descendent des cieux et n'y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l'avoir fécondée et l'avoir fait germer, ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission. »
Voilà, mes amis, une vérité consolante. La Parole de Dieu n'est jamais stérile. Elle est efficace. Elle est puissante. Comme la pluie qui tombe et fait germer la vie, la Parole de Dieu porte toujours du fruit. Elle accomplit toujours ce pour quoi Dieu l'envoie.
Mais alors, une question se pose. Si la Parole de Dieu est si efficace, pourquoi tant de semences semblent-elles perdues dans la parabole ? Pourquoi certaines tombent-elles sur le chemin, sur les pierres, dans les épines ?
La réponse, chers frères et sœurs, ne se trouve pas dans la semence. La semence est toujours bonne. La semence est la Parole de Dieu elle-même, et elle est toujours parfaite. La différence se trouve dans la terre. La différence se trouve en nous, dans notre cœur, dans la manière dont nous accueillons cette Parole.
Jésus lui-même nous explique la parabole, ce qui est rare dans l'Évangile. Écoutons-le attentivement.
Il y a d'abord la semence tombée sur le bord du chemin. C'est celui qui entend la Parole du Royaume sans la comprendre. Le Mauvais vient et s'empare de ce qui est semé dans son cœur. Combien de fois entendons-nous la Parole sans vraiment l'écouter ? Nous venons à la messe, les mots nous passent au-dessus de la tête, et nous repartons comme nous sommes venus, le cœur inchangé.
Il y a ensuite la semence tombée sur le sol pierreux. C'est celui qui reçoit la Parole avec joie, mais il n'a pas de racines en lui, il est l'homme d'un moment. Que la détresse ou la persécution survienne à cause de la Parole, aussitôt il tombe. Combien de personnes s'enthousiasment pour la foi, mais dès que vient l'épreuve, la souffrance, la difficulté, elles abandonnent tout ? Leur foi n'avait pas de profondeur.
Puis il y a la semence tombée dans les épines. C'est celui qui entend la Parole, mais le souci du monde et la séduction de la richesse étouffent cette Parole, qui ne donne pas de fruit. Ah, mes amis, comme cette image nous parle aujourd'hui ! Nos vies sont remplies d'épines, les soucis, les préoccupations, l'attrait de l'argent, les mille distractions qui étouffent lentement la vie de Dieu en nous.
Enfin, il y a la semence tombée dans la bonne terre. C'est celui qui entend la Parole et la comprend. Celui-là porte du fruit, l'un cent, l'autre soixante, l'autre trente.
Saint Augustin, méditant sur cette parabole, nous rappelait que nous ne devons pas nous décourager en constatant tant de terres infructueuses. Car même dans la bonne terre, tous ne portent pas le même fruit. L'un donne cent, l'autre soixante, l'autre trente. Dieu ne demande pas à tous la même chose, mais il demande à chacun de porter le fruit qu'il peut porter.
Et voici la bonne nouvelle, chers frères et sœurs : nous ne sommes pas condamnés à rester un chemin durci, une terre pierreuse ou un sol rempli d'épines. Par la grâce de Dieu, notre cœur peut être transformé. Nous pouvons devenir cette bonne terre.
Comment ? En cultivant notre cœur. Comme un jardinier qui prépare son sol, nous devons briser les mottes durcies par le péché, retirer les pierres de l'orgueil, et arracher les épines des soucis excessifs et de l'attachement aux biens matériels. C'est un travail patient, quotidien, qui se fait par la prière, par les sacrements, par l'écoute attentive de la Parole.
Saint Jérôme, ce grand amoureux des Écritures, disait que l'ignorance des Écritures est l'ignorance du Christ. Frères et sœurs, prenons-nous vraiment le temps de lire la Parole de Dieu chez nous ? De la méditer ? De la laisser pénétrer profondément dans notre cœur ? La semence ne peut porter du fruit que si elle s'enracine.
Écoutons maintenant saint Paul dans la deuxième lecture. Il nous parle de la création tout entière qui gémit dans les douleurs de l'enfantement, attendant la révélation des fils de Dieu. Paul nous dit : « J'estime, en effet, qu'il n'y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée en nous. »
Voilà l'espérance qui doit habiter le cœur du chrétien. Oui, il y a des épreuves. Oui, il y a des souffrances. Oui, parfois la semence semble mourir. Mais toute cette attente, tous ces gémissements sont comme les douleurs de l'enfantement. Ils annoncent une naissance, une gloire, une récolte abondante.
La bonne terre, mes amis, n'est pas une terre sans épreuve. C'est une terre qui, malgré les épreuves, garde la Parole, l'enracine profondément, et attend patiemment le temps de la moisson.
Et où trouvons-nous la force de devenir cette bonne terre ? Précisément ici, dans cette Eucharistie que nous nous apprêtons à célébrer. Car dans quelques instants, le même Christ qui a semé sa Parole dans nos oreilles va se donner à nous en nourriture. La Parole qui a été proclamée devient maintenant le Pain de Vie.
Chaque messe est comme une nouvelle semence jetée dans notre cœur. Le Christ vient labourer notre terre, l'arroser de sa grâce, la rendre féconde. Lorsque nous recevons son Corps et son Sang, nous recevons la force de porter du fruit, l'un cent, l'autre soixante, l'autre trente.
Alors, chers frères et sœurs, en cette semaine qui vient, je vous propose un geste simple. Prenez chaque jour quelques minutes pour lire un passage de l'Évangile. Ne le lisez pas à la hâte. Laissez la Parole descendre en vous, comme la pluie descend sur la terre. Puis demandez-vous : quelles sont les pierres, quelles sont les épines qui empêchent cette Parole de porter du fruit en moi ? Et confiez-les au Seigneur.
Car soyez-en certains : la Parole de Dieu ne reviendra pas vers lui sans avoir accompli sa mission. Elle veut porter du fruit en vous. Elle veut faire de vous une terre riche et féconde.
Que le Seigneur, le divin Semeur, trouve en chacun de nous une bonne terre, prête à l'accueillir, à le garder, et à porter du fruit en abondance pour la gloire de Dieu et le salut du monde.
Amen.
Sources consultées
- Saint Augustin, *Sermons sur les Évangiles*, commentaire sur la parabole du semeur - Saint Jean Chrysostome, *Homélies sur l'Évangile de saint Matthieu*, Homélie 44 - Saint Jérôme, *Commentaire sur l'Évangile de Matthieu* et Prologue au Commentaire sur Isaïe - *Catéchisme de l'Église catholique*, nn. 543-546 (les paraboles du Royaume) - Pape Benoît XVI, *Verbum Domini*, exhortation apostolique sur la Parole de Dieu - Pape François, *Evangelii Gaudium*, sur l'accueil et la fécondité de la Parole - *La Bible de Jérusalem* et la traduction NABRE (Isaïe 55, Romains 8, Matthieu 13)