Le festin est prêt : revêtus du Christ pour entrer dans la joie
Chers frères et sœurs dans le Christ,
Pensez à la dernière fois que vous avez reçu une invitation à un mariage. Une belle carte, un nom écrit à la main, le vôtre. Quelqu'un a pensé à vous. Quelqu'un désire que vous soyez là, à sa table, dans sa joie. Aujourd'hui, la Parole de Dieu nous tend une invitation semblable, mais infiniment plus grande. C'est Dieu lui-même qui écrit notre nom et qui nous dit : « Le repas est prêt, venez ! »
Écoutons d'abord le prophète Isaïe. Il nous décrit une montagne, et sur cette montagne, un banquet préparé par le Seigneur pour tous les peuples : des viandes succulentes, des vins capiteux. Mais ce festin n'est pas seulement un repas. Isaïe annonce que le Seigneur détruira le voile de deuil qui couvre toutes les nations, qu'il fera disparaître la mort pour toujours, qu'il essuiera les larmes sur tous les visages.
Mes amis, combien parmi nous portent aujourd'hui ce voile ? Le deuil d'un être cher, une maladie, une famille déchirée, une solitude que personne ne voit. Isaïe ne nous promet pas une vie sans épreuves. Il nous promet un Dieu qui, à la fin, essuiera chaque larme de sa propre main. Voilà le rêve de Dieu pour l'humanité : non pas un tribunal froid, mais une table de fête où personne n'est oublié.
Dans l'Évangile, Jésus reprend cette image. Un roi célèbre les noces de son fils. Les Pères de l'Église l'ont compris : le roi, c'est le Père ; le fils, c'est le Christ ; et l'épouse, c'est l'humanité qu'il vient épouser par son incarnation, sa mort et sa résurrection. Les noces, c'est l'alliance éternelle entre Dieu et nous.
Or, chose étonnante, les invités ne viennent pas. Ils ne sont pas forcément méchants. L'un part à son champ, l'autre à son commerce. Ils sont simplement occupés. Et c'est peut-être là que la parabole nous touche le plus. Nous ne refusons pas Dieu par une grande révolte ; nous le refusons souvent par distraction. Le travail, les écrans, les soucis, les mille urgences de la semaine. Dieu nous invite, et nous répondons : « Plus tard. »
Pourtant le roi ne se décourage pas. Il envoie ses serviteurs aux croisées des chemins, et ils rassemblent tous ceux qu'ils trouvent, « les mauvais comme les bons », dit l'Évangile. Quelle bonne nouvelle, chers amis ! La salle se remplit de gens qui ne s'attendaient pas à être invités. Personne ne mérite sa place à cette table. Nous sommes tous des gens ramassés au bord du chemin par la miséricorde de Dieu.
Mais alors vient ce passage qui nous dérange. Le roi entre et remarque un homme qui ne porte pas le vêtement de noce. « Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir le vêtement de noce ? » Et l'homme reste muet. Il est jeté dehors. Cela peut nous sembler dur. Comment exiger un habit de fête de quelqu'un qu'on vient de ramasser dans la rue ?
Il faut comprendre que, selon une tradition ancienne, l'hôte lui-même fournissait souvent le vêtement à ses invités. L'homme n'a donc pas manqué de moyens ; il a refusé ce qu'on lui offrait. Il est entré dans la salle, mais il n'est pas entré dans la fête. Il voulait la place sans se laisser changer.
Qu'est-ce donc que ce vêtement ? Saint Augustin enseignait que le vêtement de noce, c'est la charité qui vient d'un cœur pur. Saint Grégoire le Grand, docteur de l'Église, disait la même chose : ce vêtement, c'est la charité, car c'est elle que le Seigneur portait lorsqu'il est venu épouser l'Église. Le pape Benoît XVI, commentant cette parabole, rappelait que ce vêtement est l'amour de Dieu et du prochain, la foi qui agit par la charité. Et saint Paul nous dit ailleurs : « Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. »
Voilà, frères et sœurs, le cœur de ce dimanche. L'invitation est gratuite, totalement gratuite. Mais elle n'est pas sans conséquence. Dieu nous accueille tels que nous sommes, mais il nous aime trop pour nous laisser tels que nous sommes. Le vêtement de noce, nous l'avons reçu au baptême, ce vêtement blanc qu'on nous a remis en disant de le garder sans tache jusqu'à la vie éternelle. Et quand nous l'avons sali, le Seigneur nous offre de le laver dans le sacrement de la réconciliation.
On pourrait se dire : « Mais je n'y arrive pas. Je suis trop faible pour vivre cette charité. » C'est ici que saint Paul vient nous rejoindre dans la deuxième lecture. Écrivant de sa prison, il confie aux Philippiens : « Je sais vivre dans la pauvreté, je sais vivre dans l'abondance. J'ai été formé à tout : à être rassasié et à avoir faim. Je peux tout en celui qui me donne la force. »
Remarquez bien : Paul ne dit pas « je peux tout par moi-même ». Il dit « en celui qui me donne la force ». Le vêtement de noce n'est pas un costume que nous fabriquons à la force du poignet. C'est le Christ lui-même dont nous nous laissons revêtir, jour après jour. Et Paul ajoute cette promesse : « Mon Dieu comblera tous vos besoins selon sa richesse, avec gloire, dans le Christ Jésus. » Celui qui invite fournit aussi l'habit.
Mes amis, ce festin dont parlent Isaïe et Jésus n'est pas seulement pour la fin des temps. Il commence ici, sur cet autel. Dans quelques instants, le prêtre élèvera l'hostie et dira : « Heureux les invités au repas du Seigneur. » Ces mots viennent du livre de l'Apocalypse, qui parle du repas des noces de l'Agneau. Le Catéchisme de l'Église catholique enseigne que l'Eucharistie est le gage de la gloire future, l'anticipation du banquet céleste. Chaque messe est une répétition de ce banquet éternel où toutes les larmes seront essuyées.
Alors, comment répondrons-nous à l'invitation cette semaine ? Je vous propose un pas simple et concret. D'abord, regardons honnêtement ce qui, dans notre vie, joue le rôle du « champ » ou du « commerce » qui nous détourne de Dieu. Choisissons une seule chose et faisons-lui un peu moins de place, pour en faire davantage à la prière.
Ensuite, revêtons chaque jour le vêtement de la charité par un geste précis. Un appel à une personne seule. Un pardon que l'on retarde depuis longtemps. Une parole douce là où nous avons l'habitude d'être durs. Et si notre vêtement est taché, n'ayons pas peur : le sacrement de la réconciliation nous attend, non pour nous humilier, mais pour nous rendre notre robe de fête.
Chers frères et sœurs, l'homme de la parabole est resté muet devant le roi. Nous, ne restons pas muets. Disons au Seigneur, avec Isaïe : « Voici notre Dieu, en lui nous espérions, et il nous a sauvés ! Exultons, réjouissons-nous : il nous a sauvés ! » La table est dressée. Notre nom est écrit sur l'invitation. Venons, revêtus du Christ, nous asseoir au festin de son amour.
Amen.
Sources consultées
- Saint Grégoire le Grand, *Homélies sur l'Évangile*, Homélie 38 (sur Matthieu 22, 1-14) - Saint Augustin, *Sermon 90* (sur le vêtement de noce) - Saint Thomas d'Aquin, *Catena Aurea*, commentaire sur Matthieu 22 - *Catéchisme de l'Église catholique*, nos 1244, 1329, 1402-1405, 1422-1424 - Benoît XVI, Angélus du 9 octobre 2011 - François, Angélus du 15 octobre 2017 - *The Navarre Bible: Saint Matthew's Gospel*, commentaire sur Matthieu 22 - *The Jerome Biblical Commentary* (Nouveau commentaire biblique de saint Jérôme), sur Isaïe 25 et Philippiens 4