Lectures du dimanche
« La correction fraternelle : quand l'amour ose parler »
Chers frères et sœurs dans le Christ,
Il y a des silences qui sont sages. Et il y a des silences qui tuent. Nous avons tous connu cette situation : quelqu'un que nous aimons s'engage sur un chemin dangereux, et nous ne disons rien. Nous nous répétons : « Ce ne sont pas mes affaires. Je ne veux pas me mêler de sa vie. » Mais au fond de notre cœur, nous savons que ce n'est pas de la délicatesse. C'est de la peur.
La Parole de Dieu, aujourd'hui, vient toucher précisément cette peur. Et elle nous dit une chose surprenante : se taire n'est pas toujours de la charité. Parfois, se taire, c'est abandonner.
Écoutons la première lecture. Dieu s'adresse au prophète Ézéchiel avec une gravité impressionnante : « Fils d'homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d'Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part. » Et il ajoute : si tu ne parles pas, « je te demanderai compte de son sang ».
Le guetteur, dans l'Israël antique, c'était l'homme posté sur les remparts de la ville. Il ne construisait pas les murs, il ne combattait pas au front. Sa seule mission était de regarder l'horizon et de crier quand l'ennemi approchait. Un guetteur muet est un guetteur inutile. Pire : un guetteur muet est complice du désastre.
Ézéchiel écrivait cela en exil, à Babylone, au milieu d'un peuple qui avait tout perdu. Et Dieu lui dit : même là, même dans les ruines, ta parole peut sauver quelqu'un.
Frères et sœurs, ne pensons pas que cette mission concerne uniquement les prophètes ou les prêtres. Par le baptême, chacun de nous a reçu une part de la charge prophétique du Christ. Le Catéchisme de l'Église catholique le dit clairement : « Les laïcs aussi... peuvent être appelés à coopérer avec leurs pasteurs au service de la communauté ecclésiale » et ils « accomplissent leur mission prophétique par l'évangélisation » (CEC 900-906). Vous êtes guetteurs pour vos enfants. Pour vos amis. Pour votre conjoint. Pour votre voisin.
Le Seigneur, dans l'Évangile, nous donne alors une véritable méthode. Et elle est d'une sagesse remarquable. « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui parler seul à seul. »
Arrêtons-nous sur ce premier mot : « Va. » Ce n'est pas : attends qu'il vienne. Ce n'est pas : espère que le problème disparaîtra. C'est un verbe de mouvement, un verbe missionnaire. Le Christ nous envoie faire le premier pas, même quand c'est nous qui avons été blessés.
Puis vient la précision décisive : « seul à seul. » Saint Jean Chrysostome, commentant ce passage, admirait cette délicatesse du Christ : Jésus ordonne de reprendre en privé afin de ne pas humilier le frère, car celui qui est corrigé devant témoins devient plus dur, non plus doux. Le but n'est pas de gagner un débat. Le but, dit Jésus, c'est : « tu as gagné ton frère. »
Voilà le critère qui change tout. On ne corrige pas pour avoir raison. On corrige pour regagner quelqu'un.
Et combien nous faisons souvent l'inverse ! Nous ne parlons pas à la personne concernée, mais nous en parlons à trois autres personnes. Le Pape François a des mots très durs contre cela : il appelle les bavardages « un terrorisme » qui « détruit les gens », et il rappelle que le commérage lance une bombe sans se salir les mains. Combien de familles, combien de paroisses ont été blessées non par des ennemis extérieurs, mais par des paroles chuchotées dans le dos ?
Le Christ, lui, nous propose le chemin exactement inverse : d'abord le face-à-face, ensuite deux ou trois témoins, enfin la communauté. Chaque étape est une nouvelle chance donnée au frère. Chaque étape retarde le jugement et prolonge la miséricorde.
Mais alors, mes amis, comment savoir si notre correction vient de l'amour ou de l'orgueil ? Saint Paul nous donne la réponse dans la deuxième lecture : « N'ayez de dette envers personne, sauf celle de l'amour mutuel... Le plein accomplissement de la Loi, c'est l'amour. »
Voilà notre critère de discernement. Avant de parler à quelqu'un, posons-nous la question : est-ce que je cherche son bien, ou est-ce que je cherche à me soulager ? Est-ce que je veux le regagner, ou est-ce que je veux le remettre à sa place ?
Saint Augustin l'a formulé avec sa lucidité habituelle. Il écrivait que si nous négligeons de corriger notre frère, nous devenons pires que lui, et il ajoutait : « Aime, et fais ce que tu veux. Si tu te tais, tais-toi par amour ; si tu cries, crie par amour ; si tu corriges, corrige par amour. » Toute la difficulté est là. Ce n'est pas la parole qui guérit, c'est l'amour qui porte la parole.
Et remarquons que saint Paul ne dit pas « n'ayez aucune dette ». Il dit : la seule dette qui reste éternellement ouverte, c'est l'amour. Nous ne finirons jamais de la payer. Chaque personne que Dieu place sur notre route est quelqu'un envers qui nous avons cette dette.
Alors, frères et sœurs, qu'est-ce que cela change concrètement cette semaine ?
Peut-être y a-t-il un nom qui est monté dans votre cœur pendant que j'ai parlé. Un fils, une fille, un frère, un collègue, un ami avec qui quelque chose est cassé, ou qui s'éloigne dangereusement. Ne laissez pas ce nom repartir avec vous sans rien faire.
Trois pas très simples. D'abord, priez pour cette personne avant de lui parler. La correction qui n'a pas été précédée de prière devient presque toujours un règlement de comptes. Ensuite, allez la voir en privé, pas par message, pas devant les autres. Enfin, écoutez-la avant de parler. Souvent, nous découvrons alors que la vérité était plus complexe que ce que nous croyions.
Et si vous êtes celui ou celle qu'on doit corriger ? Alors demandez la grâce d'un cœur qui n'explose pas quand on lui dit la vérité. Recevoir une correction avec humilité est peut-être un acte de charité encore plus grand que d'en donner une.
Jésus conclut par une promesse magnifique : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d'eux. » Ce n'est pas d'abord une phrase pour les groupes de prière. Dans le contexte, c'est une phrase sur la réconciliation. Là où deux personnes brisées font l'effort de se retrouver, le Christ lui-même se tient entre elles.
Et cela, mes amis, nous allons le vivre maintenant. Dans quelques instants, avant de recevoir le Corps du Christ, nous dirons ensemble : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. » Puis nous nous donnerons la paix. Puis nous nous approcherons de l'autel.
L'Eucharistie n'est pas seulement une rencontre entre moi et Jésus. C'est le sacrement qui fait de nous un seul corps. Nous ne pouvons pas communier au Christ et rester en guerre avec ceux pour qui il a versé son sang.
Alors venons à cette table avec ce nom dans le cœur. Demandons au Seigneur le courage du guetteur et la douceur de celui qui aime. Et laissons-le nous donner ce que nous ne pouvons pas produire nous-mêmes : un cœur assez libre pour parler, et assez humble pour écouter.
Amen.
Sources consultées
- Catéchisme de l'Église catholique*, nn. 900-906 (mission prophétique des laïcs), nn. 1822-1829 (la charité), n. 1397 (Eucharistie et communion fraternelle)
- Saint Augustin, Sermon 82 sur Matthieu 18 ; Homélies sur la Première Épître de saint Jean, VII, 8
- Saint Jean Chrysostome, Homélies sur l'Évangile de saint Matthieu, Homélie 60
- Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 33 (De la correction fraternelle)
- Pape François, catéchèses et homélies sur les dangers du bavardage (Sainte-Marthe) ; Evangelii Gaudium, nn. 135-159 sur l'homélie et la charité fraternelle
- The Navarre Bible: St Matthew's Gospel*, commentaire sur Mt 18, 15-20 (Four Courts Press)
- Daniel J. Harrington, S.J., The Gospel of Matthew, Sacra Pagina Series
- Brant Pitre / Catholic Productions, commentaires sur les lectures du 23e dimanche du Temps Ordinaire (Année A)
Rédigez une homélie pour votre paroisse
Utilisez HomilyWriterAI pour préparer une première version enracinée dans ces lectures, puis ajustez le ton, les exemples et l'appel pastoral pour votre communauté.
Essayer HomilyWriterAIToutes les homélies du dimanche · Lire l'homélie de ce dimanche
