Ressource catholique en français

Homélie du Dimanche

Une homélie dominicale claire, structurée autour des lectures de la messe et pensée pour aider prêtres, diacres, catéchistes et fidèles à préparer le dimanche avec profondeur.

dimanche 14 juin 2026

ELEVENTH SUNDAY IN ORDINARY TIME

Lectures du dimanche

Première lecture
Exodus 19:2-6a
Deuxième lecture
Romans 5:6-11
Évangile
Matthew 9:36—10:8

« Vous avez du prix à mes yeux » : Appelés et Envoyés par l'Amour

Chers frères et sœurs en Christ,

Imaginez un instant un berger qui contemple son troupeau. Il ne voit pas une masse anonyme d'animaux, mais il connaît chaque brebis, chacune par son nom. Lorsqu'il en voit une blessée, perdue, épuisée, son cœur se serre. C'est précisément l'image que saint Matthieu nous offre aujourd'hui : « À la vue des foules, Jésus fut saisi de compassion, parce qu'elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger. »

Ce mot « compassion » est important. En grec, l'évangéliste emploie un verbe très fort qui signifie être remué jusqu'aux entrailles. Le cœur de Jésus est bouleversé devant la détresse humaine. Voilà le point de départ de tout ce que nous célébrons aujourd'hui : non pas notre mérite, mais la compassion de Dieu.

Et cette compassion ne reste pas passive. Elle agit. Jésus appelle ses douze apôtres, il leur donne autorité et il les envoie. Mes amis, retenons bien cet enchaînement, car il dessine tout le mouvement de la vie chrétienne : Dieu nous voit, Dieu nous appelle, et Dieu nous envoie.

Tournons-nous d'abord vers la première lecture. Au pied du mont Sinaï, Dieu parle à Moïse et lui confie un message extraordinaire pour son peuple : « Vous avez vu comment je vous ai portés sur des ailes d'aigle et amenés vers moi. » Quelle tendresse dans ces paroles ! Dieu ne dit pas « je vous ai traînés » ni « je vous ai poussés ». Il dit : « je vous ai portés sur des ailes d'aigle. »

C'est l'image d'un aigle qui, dit-on, porte ses aiglons sur ses ailes pour leur apprendre à voler, les rattrapant lorsqu'ils faiblissent. Ainsi Dieu nous porte. Il nous a tirés de l'esclavage, non parce que nous étions puissants, mais parce qu'il nous aime. Et il ajoute : « Vous serez pour moi un royaume de prêtres, une nation sainte. »

Frères et sœurs, voici notre véritable identité. Avant d'être des travailleurs, des parents, des citoyens, nous sommes le peuple précieux de Dieu, choisi non pour notre mérite mais pour son amour. Saint Pierre reprendra d'ailleurs cette parole du Sinaï pour l'appliquer à l'Église : « Vous êtes une race choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte. » Ce que Dieu disait à Israël, il nous le dit aujourd'hui à nous.

Mais peut-être quelqu'un dans cette assemblée se dit : « Suis-je vraiment précieux aux yeux de Dieu ? Si seulement il savait mes faiblesses, mes péchés, mes lâchetés... » C'est ici que la deuxième lecture vient comme un baume sur nos blessures.

Saint Paul écrit aux Romains des paroles que nous devrions graver dans notre cœur : « Le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs. » Et il insiste : à peine accepterait-on de mourir pour un homme juste. Mais Dieu, lui, prouve son amour en ce que le Christ est mort pour nous alors même que nous étions ses ennemis.

Mes amis, mesurons bien cette nouvelle bouleversante. Dieu ne nous a pas attendus à devenir bons pour nous aimer. Il nous a aimés d'abord, dans notre péché, dans notre faiblesse. C'est précisément là, au moment où nous étions le plus indignes, que le Christ a versé son sang pour nous.

Saint Augustin a exprimé cela d'une manière admirable lorsqu'il a dit que Dieu nous aime tels que nous sommes, mais qu'il nous aime trop pour nous laisser tels que nous sommes. Son amour ne valide pas notre péché ; il nous en arrache et nous transforme. Voilà ce que Paul appelle la réconciliation : nous étions loin, et nous sommes ramenés tout près.

Et remarquez le lien profond entre nos lectures. Au Sinaï, Dieu portait son peuple sur des ailes d'aigle. Sur la croix, le Christ nous porte sur le bois du sacrifice. Le même amour qui a libéré Israël de l'Égypte nous libère du péché et de la mort. C'est toujours la compassion de Dieu qui prend l'initiative.

Mais cet amour, frères et sœurs, n'est pas fait pour être gardé pour nous-mêmes. C'est ici que l'Évangile nous lance en avant. Après s'être ému devant les foules, Jésus dit à ses disciples : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson. »

Et chose étonnante, à peine a-t-il demandé de prier pour des ouvriers qu'il appelle aussitôt les Douze et les envoie lui-même. C'est souvent ainsi que Dieu répond à nos prières : il nous transforme, nous-mêmes, en réponse. Quand nous prions pour que le monde change, ne soyons pas surpris si Dieu nous envoie pour le changer.

Jésus envoie les Douze avec une consigne magnifique : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. » Tout ce que nous avons reçu, le pardon, la grâce, la foi, l'amour, nous l'avons reçu sans l'avoir mérité. Alors nous sommes appelés à le partager avec la même générosité, sans rien attendre en retour.

Frères et sœurs, voyons comment ces trois lectures forment une seule histoire d'amour. Dieu nous voit dans notre misère et il est saisi de compassion. Dieu nous appelle et nous dit que nous avons du prix à ses yeux, que nous sommes son peuple saint. Et Dieu nous envoie, gratuitement, pour porter aux autres l'amour que nous avons reçu.

Cette mission n'est pas réservée aux prêtres et aux évêques. Par notre baptême, chacun de nous est intégré à ce « sacerdoce royal ». Le Concile Vatican II nous l'a rappelé avec force : tous les baptisés sont appelés à l'apostolat, à être témoins du Christ là où ils vivent. Le père de famille, la mère, l'étudiant, la personne âgée, l'ouvrier, tous sont envoyés.

Comment vivre concrètement cet envoi ? Peut-être pour vous est-ce une parole de réconfort à offrir à un collègue désemparé. Peut-être un pardon à accorder dans votre famille. Peut-être le courage de parler de votre foi à un proche éloigné de Dieu. La moisson est tout autour de nous, dans nos maisons, nos quartiers, nos lieux de travail.

Mais d'où tirerons-nous la force d'être ces ouvriers ? Précisément de ce que nous célébrons en ce moment même. Dans quelques instants, sur cet autel, le Christ qui « est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs » se donnera de nouveau à nous dans l'Eucharistie.

Chers amis, l'Eucharistie est le sommet de la gratuité divine. « Vous avez reçu gratuitement » : et il n'y a rien de plus gratuit que ce don du Corps et du Sang du Christ. Nous venons les mains vides, et Dieu nous comble de lui-même. Nous repartons nourris, fortifiés, envoyés.

C'est pourquoi, à la fin de chaque Messe, le prêtre nous dit : « Allez dans la paix du Christ. » Le mot « Messe » lui-même vient du latin qui signifie « envoi ». Nous ne sortons pas d'ici pour reprendre simplement notre vie. Nous sommes envoyés, comme les Douze, porter au monde la compassion que nous avons reçue.

Alors, frères et sœurs, en nous approchant aujourd'hui de la table du Seigneur, laissons résonner en nous cette parole du Sinaï : « Vous avez du prix à mes yeux. » Laissons-nous porter sur les ailes de l'amour de Dieu. Et laissons-nous envoyer, le cœur rempli de gratitude, pour donner gratuitement ce que nous avons gratuitement reçu.

Que la compassion qui a saisi le cœur du Christ devienne la nôtre. Et que, nourris de son Corps et de son Sang, nous devenions à notre tour ces ouvriers tant attendus pour sa moisson.

Amen.

Sources consultées :

- Saint Augustin, *Sermons* et *Commentaire sur les Psaumes* - Saint Jean Chrysostome, *Homélies sur l'Évangile de saint Matthieu* - *Catéchisme de l'Église catholique* (nn. 781-786, sur le Peuple de Dieu, et nn. 604-605 sur l'amour rédempteur du Christ) - Concile Vatican II, *Lumen Gentium* et *Apostolicam Actuositatem* (sur le sacerdoce commun et l'apostolat des laïcs) - Pape Benoît XVI, *Deus Caritas Est* (sur l'amour de Dieu qui prend l'initiative) - Pape François, *Evangelii Gaudium* (sur la joie missionnaire et l'envoi) - *The Navarre Bible Commentary* sur Matthieu et Romains - *La Bible de Jérusalem* et notes de la NABRE sur Exode 19 et Romains 5

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