Lectures du dimanche
Le Vigneron qui ne se lasse pas d'espérer
Chers frères et sœurs dans le Christ,
Il y a quelque chose de très émouvant dans la première lecture de ce dimanche. Le prophète Isaïe ne commence pas par une menace ni par une leçon de morale. Il commence par une chanson. « Je veux chanter pour mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne. » C'est un chant d'amour. Avant d'être une parabole sur le jugement, la vigne est d'abord une histoire d'amour entre Dieu et son peuple.
Regardez ce que fait ce vigneron. Il choisit un coteau fertile. Il bêche la terre, il enlève les pierres une à une, il plante un cépage de choix. Il bâtit une tour pour la protéger, il creuse un pressoir. Il ne néglige rien. Et puis il attend, comme attend tout vigneron, avec patience et avec espérance. Il attend de beaux raisins.
Mais la vigne ne donne que des raisins sauvages, aigres, immangeables. Alors le vigneron pose une question qui nous traverse le cœur : « Que pouvais-je faire de plus pour ma vigne, que je n'aie pas fait ? » Ce n'est pas le cri d'un maître en colère. C'est la plainte d'un amour blessé. Isaïe nous donne ensuite la clé : « Il en attendait le droit, et voici le crime ; il en attendait la justice, et voici les cris. »
Dans l'Évangile, Jésus reprend cette même image devant les chefs des prêtres et les anciens du peuple. Ils connaissaient par cœur le chant d'Isaïe. Mais Jésus y ajoute un détail bouleversant. Le propriétaire loue sa vigne à des vignerons, puis il part en voyage. Il leur fait confiance. Au temps de la récolte, il envoie ses serviteurs chercher sa part. Les vignerons les frappent, les tuent, les lapident. Il en envoie d'autres, plus nombreux. Même traitement.
Et voici le sommet : « Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : Ils respecteront mon fils. » Mes amis, humainement, c'est de la folie. Quel propriétaire sensé enverrait son unique enfant là où ses serviteurs ont été assassinés ? Mais c'est précisément la folie de l'amour de Dieu. Dieu ne cesse pas d'espérer en nous. Là où nous aurions depuis longtemps renoncé, lui envoie encore, et il envoie ce qu'il a de plus précieux.
Saint Irénée de Lyon, au deuxième siècle, lisait cette parabole comme le résumé de toute l'histoire du salut. Dieu a planté la vigne du genre humain, il l'a entourée de sa Loi, il a envoyé les prophètes, et enfin il a envoyé son propre Fils, notre Seigneur Jésus-Christ. Les vignerons jettent le fils hors de la vigne et le tuent. Comment ne pas penser à Jésus crucifié hors des murs de Jérusalem ?
Pourtant l'histoire ne s'arrête pas là. Jésus cite le psaume : « La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle. » Ce qui semblait un échec total devient le fondement de tout. Le Fils rejeté devient la pierre sur laquelle Dieu bâtit une maison nouvelle. Voilà le mystère pascal au cœur de cette parabole : la mort n'a pas le dernier mot, l'amour rejeté devient l'amour victorieux.
Frères et sœurs, il serait trop facile d'écouter cette parabole comme une histoire qui concerne seulement les chefs religieux d'il y a deux mille ans. Jésus dit : « Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits. » Cette nation, c'est l'Église, c'est nous. Le Catéchisme de l'Église catholique rappelle que l'Église est ce champ cultivé, cette vigne choisie, dont le Christ lui-même est le vrai cep. La vigne nous est confiée aujourd'hui. Et le Seigneur vient encore chercher les fruits.
Le pape François, commentant cet Évangile, a souligné le cœur du problème : les vignerons ont oublié qu'ils n'étaient pas propriétaires. Ils ont voulu s'emparer de la vigne, garder la récolte pour eux, faire comme si le maître n'existait pas. La tentation est la même pour nous. Notre vie, notre famille, nos talents, notre temps, notre foi, tout cela nous est confié. Rien ne nous appartient comme une possession. Nous sommes des intendants, pas des maîtres.
Alors la question devient très concrète : quels fruits le Seigneur trouve-t-il dans ma vigne ? Des raisins doux ou des raisins aigres ? Pensons à nos foyers. Y trouve-t-on la patience, le pardon, la tendresse ? Ou bien l'amertume, les rancunes qui s'accumulent, les paroles blessantes ? Pensons à notre travail, à notre manière de traiter les autres, surtout les plus faibles. Isaïe nous l'a dit : Dieu attend le droit et la justice.
Mais peut-être que certains d'entre vous se disent en ce moment : « Mon père, ma vigne est bien pauvre. Je vois surtout des ronces et des épines. Je suis fatigué, inquiet, découragé. » C'est ici que la deuxième lecture vient à notre secours comme un baume. Saint Paul écrit aux Philippiens depuis sa prison. Il n'est pas dans une situation confortable. Et pourtant il dit : « Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes. »
Voilà le secret d'une vigne féconde. Les fruits ne naissent pas de nos seuls efforts crispés. Ils naissent d'une vie enracinée dans la prière et la confiance. Et Paul promet : « La paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu'on peut concevoir, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus. » Remarquez le mot « gardera ». C'est l'image de la tour de garde de la vigne. La paix de Dieu devient la tour qui protège notre cœur.
Paul ajoute un conseil très pratique : « Tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d'être aimé et honoré, tout cela, prenez-le en compte. » Autrement dit, prenez soin de ce que vous plantez dans votre esprit. Ce que nous regardons, ce que nous écoutons, ce que nous ruminons à longueur de journée, tout cela façonne les fruits que nous porterons. On ne récolte pas de beaux raisins en semant du poison.
Chers amis, voici donc un pas simple pour cette semaine. Chaque soir, prenez cinq minutes. Remerciez Dieu pour un fruit de bonté que vous avez vu, en vous ou chez les autres. Puis confiez-lui une inquiétude, une seule, en la déposant vraiment entre ses mains. Et demandez-lui : « Seigneur, quel fruit attends-tu de moi demain ? » Si nous découvrons des raisins aigres, n'ayons pas peur : le sacrement de la réconciliation est là pour que le Vigneron taille et guérisse ce qui doit l'être.
Dans quelques instants, sur cet autel, nous allons présenter le vin, « fruit de la vigne et du travail des hommes ». Ce n'est pas un hasard. Le Seigneur va prendre ce fruit si modeste et en faire le Sang de son Fils, le Fils envoyé, rejeté, et devenu la pierre d'angle. Dans l'Eucharistie, Dieu ne vient pas seulement réclamer des fruits ; il vient se donner lui-même comme la sève qui nous rend féconds.
Le Vigneron ne se lasse pas d'espérer. Il frappe encore aujourd'hui à la porte de notre vigne. Accueillons-le. Offrons-lui ce que nous sommes, même pauvre, même inachevé. Et laissons-le faire de notre vie une vigne qui porte du fruit pour sa gloire, dans la paix qui dépasse toute intelligence. Amen.
Sources consultées
- Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, livre IV, 36
- Saint Augustin, Enarrationes in Psalmos (sur la vigne du Seigneur)
- Saint Jean Chrysostome, Homélies sur l'Évangile de saint Matthieu, homélie 68
- Catéchisme de l'Église catholique*, nn. 755, 756, 2633-2638
- Pape François, Angélus du 8 octobre 2017
- Benoît XVI, Jésus de Nazareth, tome 1 (sur la parabole des vignerons et la vigne)
- Bible de Jérusalem* et notes de la Traduction liturgique de la Bible (AELF)
- Word on Fire et Catholic Commentary on Sacred Scripture (Matthew, Curtis Mitch et Edward Sri)
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