Lectures du dimanche
La foi qui force la porte : « Ma maison sera une maison de prière pour tous les peuples »
Chers frères et sœurs dans le Christ,
Il y a des femmes dans l'Évangile qui ne renoncent jamais. Aujourd'hui, l'une d'elles se tient devant nous, et elle ne portera même pas de nom. Elle est simplement « une Cananéenne », une étrangère, une païenne, une femme dont le peuple était considéré comme l'ennemi héréditaire d'Israël. Et pourtant, c'est elle qui arrachera au Christ ce cri d'admiration : « Femme, grande est ta foi ! »
Écoutons bien la scène. Jésus vient de quitter la Galilée. Saint Matthieu nous dit qu'il « se retira dans la région de Tyr et de Sidon », c'est-à-dire en territoire païen, hors des frontières d'Israël. C'est le seul moment de tout l'Évangile de Matthieu où Jésus franchit cette frontière. Et là, cette femme sort et se met à crier : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. »
Remarquez ce qu'elle dit. « Fils de David ». Une païenne qui emploie le titre messianique d'Israël. Elle a compris quelque chose que beaucoup en Israël n'avaient pas compris.
Et alors vient ce qui nous trouble : « Mais il ne lui répondit pas un mot. » Le silence de Dieu. Combien parmi nous ont connu ce silence ? On prie pour un enfant qui s'éloigne, pour un mariage qui se fissure, pour un diagnostic qui tombe, et le ciel semble muet. Cette femme est notre sœur dans cette épreuve.
Puis les disciples s'impatientent : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris. » Et Jésus répond une parole dure : « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël. » Elle insiste, se prosterne : « Seigneur, viens à mon secours ! » Et la réponse est plus dure encore : « Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. »
Mes amis, ne fuyons pas cette parole. Les Pères de l'Église l'ont méditée longuement. Saint Jean Chrysostome enseignait que le Christ ne se taisait pas par mépris, mais pour faire éclater au grand jour le trésor caché dans cette femme. Comme un maître qui pousse son élève, comme un orfèvre qui frappe l'or pour en révéler l'éclat. Le silence de Jésus n'était pas un refus : c'était une pédagogie.
Et elle, que fait-elle ? Elle ne se vexe pas. Elle ne s'effondre pas. Elle prend l'image de Jésus et la retourne avec une intelligence désarmante : « Oui, Seigneur, mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »
Quelle réponse ! Elle ne conteste pas le plan de Dieu. Elle ne réclame pas la place des enfants. Elle demande seulement une miette. Et elle sait qu'une seule miette du Christ suffit à guérir sa fille. Voilà l'humilité et l'audace réunies : ce que la tradition appelle la parrhèsia, la hardiesse confiante de celui qui sait à qui il s'adresse.
Alors Jésus, comme vaincu par cette foi : « Femme, grande est ta foi ! Que tout se fasse pour toi comme tu le veux. » Et sa fille fut guérie à l'heure même.
Frères et sœurs, cette guérison n'est pas un simple miracle isolé. C'est une porte qui s'ouvre. C'est le premier signe que le salut déborde les frontières d'Israël pour atteindre toutes les nations. Et c'est exactement ce qu'annonçait Isaïe dans notre première lecture.
Écoutez ce que le prophète proclame au nom du Seigneur : « Les étrangers qui se sont attachés au Seigneur pour l'honorer, pour aimer son nom... je les conduirai à ma montagne sainte, je les comblerai de joie dans ma maison de prière. » Et cette parole magnifique : « Car ma maison sera appelée maison de prière pour tous les peuples. »
Voilà le cœur de notre liturgie aujourd'hui. Dieu n'a jamais voulu être le Dieu d'un clan. Il a choisi un peuple, oui, mais pour que par ce peuple toutes les nations soient bénies. Isaïe parlait à des exilés revenus de Babylone, tentés de se replier, de fermer les portes, de se protéger des étrangers. Et Dieu leur dit : élargissez l'espace de votre tente.
Saint Paul, dans la deuxième lecture, se débat avec ce même mystère. Il souffre de voir tant de ses frères juifs ne pas reconnaître le Messie. Mais il ne conclut jamais au rejet. Il proclame au contraire cette parole qui devrait nous remplir d'espérance : « Les dons et l'appel de Dieu sont sans repentance. » Autrement dit : Dieu ne reprend jamais ce qu'il a donné. Il ne revient pas sur sa parole. Il ne se lasse pas de nous.
Et Paul conclut par une phrase vertigineuse : « Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire à tous miséricorde. » Personne ne peut se vanter. Personne n'est sauvé par ses mérites, ni le juif ni le païen. Tous nous vivons de miséricorde. Tous nous sommes des mendiants de miettes.
Alors, mes amis, deux questions pour cette semaine.
La première : que faisons-nous du silence de Dieu ? Quand nous prions et que rien ne semble arriver, quelle est notre réaction ? Nous décourageons-nous ? Concluons-nous que Dieu ne nous aime pas ? Le Catéchisme de l'Église catholique nous rappelle que « la prière est le combat de la foi » et que « c'est dans la persévérance que nous vaquons à la prière ». La Cananéenne ne s'est pas arrêtée au premier obstacle, ni au deuxième, ni au troisième. Continuons de crier vers le Seigneur. Il n'est pas sourd. Il creuse notre désir.
La seconde question, plus dérangeante : notre communauté est-elle vraiment « une maison de prière pour tous les peuples » ? Ou bien avons-nous, sans le vouloir, dressé des barrières invisibles ? Le pape François a souvent rappelé que l'Église n'est pas une douane, mais la maison du Père, où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile. Qui est le « Cananéen » à qui nous ne parlons pas ? La personne différente, celle qui vient d'ailleurs, celle qui revient à l'église après des années d'absence et qui craint le regard des autres ?
Chers frères et sœurs, dans quelques instants nous allons monter vers cette table. Et le prêtre élèvera le Pain et dira : « Heureux les invités au repas du Seigneur. » Et nous répondrons, avec les mots mêmes d'un autre païen, le centurion : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri. »
Voyez-vous ? Chaque messe, nous prenons la place de la Cananéenne. Nous venons mendier une miette. Mais quelle miette ! Ce n'est plus une miette qui tombe de la table : c'est le Fils lui-même qui se donne tout entier. Le Pain des enfants nous est offert à pleines mains, à nous qui étions les étrangers, les lointains, les sans-titre.
Alors approchons avec la foi de cette femme. Avec son humilité qui reconnaît tout recevoir, et son audace qui ne lâche rien. Et sortons d'ici en gardant la porte ouverte pour ceux qui, aujourd'hui encore, crient au loin en espérant que quelqu'un les entende.
Que le Seigneur nous accorde d'entendre un jour, pour chacun de nous, cette parole : « Grande est ta foi. »
Amen.
Sources consultées
- Saint Jean Chrysostome, Homélies sur l'Évangile de saint Matthieu, Homélie 52
- Saint Augustin, Sermon 77 (sur la femme cananéenne)
- Saint Thomas d'Aquin, Catena Aurea, Matthieu 15
- Catéchisme de l'Église catholique*, nn. 2609-2616 (la prière de foi et de persévérance), n. 839 (les liens de l'Église avec le peuple juif)
- Concile Vatican II, Nostra Aetate, n. 4 ; Lumen Gentium, n. 16
- Pape François, Evangelii Gaudium, nn. 47, 114
- Benoît XVI, Jésus de Nazareth, vol. I ; Angélus du 20e dimanche du Temps ordinaire
- The Navarre Bible: Saint Matthew* et La Bible de Jérusalem, notes sur Isaïe 56 et Romains 11
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