Lectures du dimanche
Venez, mangez sans rien payer : le festin gratuit de Dieu
Chers frères et sœurs dans le Christ,
Imaginez un instant une place de marché bruyante, au temps du prophète Isaïe. Les marchands crient, les acheteurs marchandent, les pièces sonnent. Et voilà qu'au milieu de ce vacarme, une voix s'élève, une voix qui n'a aucun sens commercial : « Vous tous qui avez soif, venez, buvez ! Même si vous n'avez pas d'argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer ! »
Quel commerçant ferait une telle offre ? Aucun. Seul Dieu parle ainsi. Et c'est là, mes amis, tout le cœur de la Parole que nous venons d'entendre : Dieu ne vend pas son amour. Il le donne. Voilà le message que je voudrais déposer aujourd'hui dans votre cœur : la nourriture dont notre âme a le plus besoin ne peut pas s'acheter, elle ne peut que se recevoir.
Isaïe s'adresse à des exilés. Le peuple d'Israël est à Babylone, loin de chez lui, humilié, appauvri, découragé. Ils ont tout perdu : le Temple, la terre, la dignité. Et Dieu, au lieu de leur faire des reproches, leur ouvre un banquet.
Puis vient cette question qui traverse les siècles et qui nous atteint ce matin : « Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, et vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? » Frères et sœurs, cette question est d'une actualité brûlante.
Nous vivons dans une société qui nous propose sans cesse d'acheter le bonheur. Un écran plus grand, une voiture plus neuve, un corps plus jeune, une carrière plus brillante, mille distractions au bout des doigts. Et pourtant, combien de gens, ayant tout obtenu, se réveillent la nuit avec un vide au fond de la poitrine ?
Saint Augustin, qui avait cherché longtemps dans les plaisirs et dans l'ambition, l'a résumé dans une phrase inoubliable au début de ses Confessions : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos jusqu'à ce qu'il repose en toi. » Notre faim est plus profonde que tout ce que le monde peut vendre.
Et voici que dans l'Évangile, cette promesse d'Isaïe prend un visage, des mains, un regard. Écoutez comment saint Matthieu commence son récit : « Jésus, l'ayant appris, se retira en barque vers un endroit désert, à l'écart. »
Pourquoi se retire-t-il ? Parce qu'il vient d'apprendre la mort de Jean-Baptiste, son cousin, son précurseur, décapité pour le caprice d'un roi lors d'un festin de débauche. Jésus porte un deuil. Il a besoin de silence, de solitude, de prière.
Mais la foule le suit à pied. Elle envahit sa solitude. Elle piétine son besoin de repos. Et alors, écoutez bien ce verset, car tout est là : « En débarquant, il vit une grande foule, fut saisi de compassion pour eux et guérit leurs malades. »
Frères et sœurs, mesurez cela. L'homme qui souffre voit ceux qui souffrent, et il oublie sa propre peine. Le mot grec employé par saint Matthieu désigne un bouleversement des entrailles, une émotion viscérale. Le cœur de Jésus est remué jusqu'au fond. Voilà le Dieu que nous adorons : non pas un Dieu qui calcule, mais un Dieu qui est ému par nous.
Puis vient le soir, et le contraste avec les disciples devient saisissant. Eux font le calcul raisonnable : « L'endroit est désert et l'heure est déjà avancée. Renvoie donc la foule, qu'elle aille dans les villages s'acheter de la nourriture. »
Leur solution ? S'acheter. Que chacun se débrouille. Que chacun paye. C'est exactement la logique du marché que Isaïe dénonçait. Et Jésus répond par une phrase qui bouleverse toute l'économie du monde : « Ce n'est pas la peine qu'elles y aillent. Donnez-leur vous-mêmes à manger. »
« Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Mes amis, cette phrase nous est adressée aujourd'hui. Le Seigneur ne veut pas nous renvoyer chacun à sa débrouille solitaire. Il veut faire de nous les mains de sa Providence.
Les disciples protestent : « Nous n'avons là que cinq pains et deux poissons. » Cinq pains pour cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants. C'est ridicule. C'est humiliant. C'est presque rien.
Et Jésus dit : « Apportez-les-moi. » Il ne dit pas : allez chercher davantage. Il ne dit pas : revenez quand vous serez mieux équipés. Il dit : donnez-moi ce peu que vous avez.
Saint Augustin, commentant ce miracle, faisait remarquer que le Christ qui multiplie les pains est le même qui, chaque année, multiplie les grains de blé dans les champs : le miracle n'est extraordinaire que parce qu'il condense sous nos yeux ce que Dieu accomplit sans cesse dans la discrétion de la création. Le Créateur ne manque jamais de ressources. Ce qui lui manque, souvent, c'est notre consentement à lui remettre nos cinq pains.
Frères et sœurs, ne dites jamais que vous n'avez rien à offrir. Vous avez peut-être cinq pains : un peu de temps, une compétence modeste, une patience usée, une santé fragile, une prière maladroite. Remettez-les au Christ. Entre ses mains, le peu devient assez, et l'assez devient surabondance : douze corbeilles de restes.
Et maintenant, écoutez les quatre gestes que fait Jésus : « Il prit les cinq pains et les deux poissons, leva les yeux au ciel, prononça la bénédiction et, rompant les pains, les donna aux disciples. »
Il prit. Il bénit. Il rompit. Il donna. Ce sont exactement les mots que nous entendrons dans quelques instants à cet autel. Ce sont les mots du Jeudi saint. Saint Matthieu nous fait comprendre que cette multiplication est l'annonce, l'esquisse, la promesse de l'Eucharistie.
Le Catéchisme de l'Église catholique l'affirme clairement : « L'annonce de l'Eucharistie est faite par la multiplication des pains, où le Seigneur, après avoir dit la bénédiction, rompt et distribue les pains par ses disciples pour nourrir la multitude » (n° 1335).
Voyez-vous, mes amis, ce qui se passe ici ? L'invitation d'Isaïe, « venez acheter sans argent, sans rien payer », se réalise pleinement sur cet autel. Personne parmi nous n'a jamais payé une seule communion. Personne n'a jamais mérité de recevoir le Corps du Christ. C'est absolument gratuit. C'est purement don.
Le pape Benoît XVI l'exprimait admirablement : dans l'Eucharistie, ce n'est pas nous qui assimilons le Christ, c'est lui qui nous assimile à lui. Nous ne consommons pas ce pain comme un produit ; nous nous laissons transformer par lui.
Mais alors une objection monte peut-être en vous : « Père, tout cela est beau, mais ma vie est un désert. J'ai perdu mon travail. Mon mariage se défait. Mon enfant s'est éloigné. Le diagnostic est tombé. Où est le banquet dans tout cela ? »
C'est précisément ici que saint Paul prend la parole dans la deuxième lecture, avec l'un des textes les plus puissants de toute l'Écriture : « Qui pourra nous séparer de l'amour du Christ ? »
Et Paul énumère tout : la mort, la vie, les anges, les principautés, le présent, l'avenir, les puissances, les hauteurs, les profondeurs. Absolument tout. Et sa conclusion tombe comme un roc : « Rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. »
Frères et sœurs, remarquez bien : Paul ne promet pas l'absence d'épreuves. Il écrit du fond de ses propres naufrages, de ses prisons, de ses coups de fouet. Il ne dit pas que le désert disparaîtra. Il dit que le Christ vient nous nourrir dans le désert.
Car c'est bien dans un lieu désert que la foule fut rassasiée. Pas dans un palais, pas dans une salle de banquet, mais au milieu de nulpart, à l'heure tardive, quand tout semblait fini. Voilà notre espérance : le Christ n'attend pas que nos vies deviennent présentables pour nous nourrir.
Alors permettez-moi, en terminant, de vous proposer un pas très concret cette semaine.
D'abord, posez-vous honnêtement la question d'Isaïe : « Pourquoi dépenser mon argent pour ce qui ne nourrit pas, ma fatigue pour ce qui ne rassasie pas ? » Identifiez une chose, une seule, qui dévore votre temps sans nourrir votre âme, et retranchez-en un peu pour la donner à Dieu.
Ensuite, quand vous vous avancerez tout à l'heure vers la communion, ne venez pas les mains pleines de vos mérites. Venez les mains vides, comme des pauvres à qui l'on offre tout gratuitement. Et dites intérieurement : « Seigneur, voici mes cinq pains. Voici mon peu. Prends-le. »
Enfin, souvenez-vous que Jésus a dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Cette semaine, cherchez une personne affamée autour de vous. Affamée de pain, peut-être. Affamée d'écoute, de pardon, de présence, plus probablement. Et allez la rassasier avec le peu que vous avez.
Le festin est prêt, mes amis. Il est gratuit. Il ne vous coûtera que le courage de tendre les mains.
Que le Seigneur qui a nourri les foules au désert nous rassasie de sa vie, aujourd'hui et jusque dans l'éternité. Amen.
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Sources consultées
- Saint Augustin, Confessions, Livre I, et Traités sur l'Évangile de saint Jean (tract. XXIV, sur la multiplication des pains)
- Saint Jean Chrysostome, Homélies sur l'Évangile de saint Matthieu, Homélie 49
- Saint Jérôme, Commentaire sur l'Évangile de saint Matthieu
- Catéchisme de l'Église catholique*, nn. 1335, 1391-1398
- Benoît XVI, Exhortation apostolique Sacramentum Caritatis (2007) et Deus Caritas Est (2005)
- Pape François, Exhortation apostolique Evangelii Gaudium, nn. 135-144 (sur l'homélie)
- Concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium et Dei Verbum
- La Bible de Jérusalem* et Traduction officielle liturgique, notes sur Isaïe 55 et Matthieu 14
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